Ahhh le Japon. Un pays fascinant qui a marqué le monde de son empreinte indélébile avec ses traditions profondes, ses mangas, ses geishas, sa culture vidéoludique, ses femmes peintes en blanc (oui je fais un blocage, et alors !), ses files d'attentes devant le métro tokyoïte ... et ses pêcheurs. Car oui, l'archipel a développé au fil des siècle un vrai savoir faire en la matière. Jusqu'à faire de la pêche japonaise la première du monde, tout en faisant de la cuisine nippone un art à part entière. Et ce n'est vous qui commandez des sushis tous les 3 jours qui allaient me contredire, n'est ce pas ?
Namiji vous propose en tout cas de revivre la vie des pêcheurs japonais "autrefois". Vous naviguerez au Sud de l'île en cherchant à remplir au maximum leurs casiers de poissons pour les revendre sur la terre ferme, tout en profitant de la vue sur les littoraux magnifiques de l'archipel asiatique. Et tout cela à quelques kilomètres de la célèbre route du Tokaido.
La référence n'est d'ailleurs pas anodine, car Namiji s'inscrit en fait dans la série de jeux Tokaido, initiée il y a dix ans par Antoine Bauza et dont le titre est venu récemment célébrer l'anniversaire en reprenant beaucoup de la sève du jeu original.
La mécanique de déplacement à sens unique est donc de retour. Toujours le droit de jouer donné à celui qui est le plus en retard sur la piste, où si plusieurs emplacements celui qui est placé sur le point le plus extérieur. Toujours aucune limite aux nombres de cases que vous pouvez parcourir. Et toujours deux obligations : S'arrêter sur une case libre, et faire une halte forcée aux Pontons disposés le long du parcours, le temps que tous les joueurs s'y rejoignent.
À noter tout de même une vrai évolution du terrain de jeu qui est désormais circulaire, et sur laquelle on dénombre pas moins de six types d'arrêts.
Le premier, c'est l'icône Pêche à la ligne, qui permet de prendre un des jetons poissons de la zone dédiée et de le placer dans l'un des casiers vides de votre plateau bateau personnel. Votre but ici sera d'essayer de réaliser des alignements ou horizontaux ou verticaux contenant la même sorte ou couleur de poisson pour remporter, en fin de partie, les points attenants.
Un remplissage que vous pouvez en tout cas accélérer en allant sur le symbole Pêche au filet, qui permet lui de piocher la première double tuile d'une pile face cachée. Dans les deux cas, il est toujours possible de remettre le fruit de votre pêche à l'eau si le tirage ne vous convient pas, et vous ne pouvez plus faire votre action si votre plateau est plein.
Les panoramas sont eux de retour avec trois icônes animaux différents. Que ce soit le dauphin, la baleine ou la pieuvre, chaque espèce marine permet de débuter ou de continuer une frise spécifique de respectivement, 3, 4 et 5 cartes. Chaque carte ajoutée offre autant de points que sa valeur numérique (vous devez obligatoirement les prendre dans l'ordre), et le premier à terminer un type de panorama remporte un bonus supplémentaire.
Un arrêt sur une case Tourbillon permet de se débarrasser de l'un des 4 jetons Offrandes de notre espace personnel initial. Des jetons qui génèrent un malus plus au moins important en fonction du nombre de jetons encore en sa possession en fin de partie.
Namiji propose aussi un système de cartes objectifs nommées Roches Sacrées. Vous en tirez deux à chaque arrêt sur l'icône correspondant et pouvez en garder qu'une seule face cachée, dont vous gagnerez les points si vous avez réalisé la condition lors du décompte terminal.
Et pour finir, il faut savoir que le jeu intègre une mécanique de stop-ou-encore avec la Nasse aux Crustacés. Vous pouvez tirer jusqu'à 5 jetons valant un point chacun, mais vous perdez le tout si vous piochez un deuxième crabe.
Côté scoring, le plateau principal affiche une piste dédiée qui va évoluer au fur et à mesure des tours de jeu. Et celle-ci va connaître de vrais bouleversements en fin de partie avec l'attribution des jetons Arrivée (décroissant selon votre ordre de passage) et l'ajout des points liées à la doublette cartes Rocher Sacrée slash jetons Tourbillon.
Et à n'en pas douter, Namiji peut plaire à un paquet de familles. Une thématique enchanteresse, un gameplay facile à apprivoiser, un temps de jeu ne dépassant pas la grosse heure à 4 ou 5, une profondeur stratégique qui ne sacrifie rien à la fluidité et la compréhension de tous, ... vous avez là tous les ingrédients pour passer un bon moment, que vous soyez petits ou grands.
J'ai d'ailleurs eu l'occasion de le faire découvrir à des proches n'ayant jamais joué à un opus de la gamme, et je crois n'avoir jamais entendu de notes aussi hautes pour ce type de jeu "de plateau" (oui un jour je révélerai mes secrets sur comment forcer des gens à jouer et les exploiter jusqu'à la moelle ...).
Et j'avoue qu'après avoir joué à tous les boîtes de la gamme, j'ai une petite préférence pour Namiji.
Il y a déjà ce sujet central certes moins poétique, mais qui me parle davantage et qui me semble surtout mieux implémenté dans l'intégralité de son gameplay.
J'aime aussi beaucoup cette nouvelle approche des pontons, qui oblige désormais à faire un choix entre prioriser l'ordre de départ pour la prochaine section, ou l'ordre de sélection d'une carte Ponton d'un lot tiré pour l'occasion. Si la chute de rythme guette (surtout si le premier joueur à choisir est du genre à cogiter), ce nouveau système offre un nouvel espace de décisions plaisant tout en donnant un peu de dilemmes autour des derniers emplacements avant les fins de sections.
Et de façon plus globale, si le jeu fait un peu plus place à l'aléatoire, je trouve l'ensemble plus équilibré (en tout cas toutes mes parties se sont jouées dans un mouchoir de poche, quelque soit la stratégie employée). Et l'ajout de placement de tuiles et d'un double système de cartes "personnalisation" permettent à Namiji de proposer une expérience légèrement plus joueuse, quand la composante "push your luck" donne un peu plus de variabilité de sensations à l'ensemble.
Reste quand même à évoquer le sujet qui "peut fâcher" : La pertinence d'achat de Namiji si vous avez déjà Tokaido.
Car on est ici sur un jeu qui propose finalement peu de grosses évolutions, et surtout rien de surprenant par rapport à un son aîné qui lui avait su marquer son époque. Bien sûr, on ne demande pas à tous les jeux de révolutionner le marché, et si on le prend hors de son contexte, Namiji est un jeu indéniablement qualitatif, même si on peut lui reprocher un petit manque de contenu (on fait par exemple quasi le tour des cartes Rochers Sacrés en une partie à 5) et un plateau principal un peu trop invasif et pas forcément pratique à l'usage (la piste de points, quelle galère !).
Dommage tout de même de ne pas avoir donné plus de corps à cette nouvelle version. Une piste modulaire, des embranchements sur le circuit, l'obligation de payer pour s'arrêter (ce qui pourrait casser un peu la course à la lenteur trop lucrative) ... il y avait vraiment possibilité de donner au jeu une personnalité plus affirmée, tout en marquant une vraie différence d'exigence par rapport à son aîné.
Un positionnement qui aurait en mon sens permis d'ouvrir davantage la gamme à des joueurs un poil plus chevronnés, tout en étant sûr de toucher aussi les fans hardcore de Tokaido qui ont déjà poncé le jeu et ses extensions (elles qui ajoutent déjà une belle couche de complexité).
Cela reste plus de l'ordre de la déception personnelle qu'un défaut à proprement parlé. Si vous êtes un fan de la "licence" ou vous faites partie de la cible "familiale" slash "jeu passerelle vers le monde moderne", c'est un achat que vous ne regretterez pas. Et les autres, vous prendrez quand même plaisir à manœuvrer vos bateaux quelques tours, car Namiji est fichtrement beau et reste très plaisant !

