Le Monarque est un insecte incroyable. Seul papillon migrateur de son espèce, il quitte le Sud du Canada chaque automne pour aller hiberner dans les montagnes du Mexique, dans le but d'hiberner et d'accroitre sa vie jusqu'à 9 mois (contre 4 semaines pour la plupart des autres papillons de jour). Quand le printemps arrive, il repart vers le nord pour un voyage de plus de 4000 km et se reproduit en cours de route, dans une course à la survie où les générations vont se succéder pour atteindre leur but.
Mais le Monarque est en danger, en grande partie à cause de l'homme, des produits chimiques, de la destruction des milieux naturels nécessaires à sa reproduction, et a perdu 80% de sa population en 20 ans....
Cette histoire folle, ce cri d'alerte, est le sujet fort mis en avant par Mariposas, un jeu d'optimisation et de collection sorti chez Gigamic en 2020.
Son autrice, Elizabeth Hargrave, semble vouer une réelle passion pour la faune et la nature, puisque c'est elle qui avait déjà démocratisé l'ornithologie en 2018 avec son gros carton Wingspan. Pas simple d'enchaîner après un succès aussi retentissant.
Et de visu, tout part sur les meilleurs auspices. Car le premier mot qui vient à la bouche en voyant la boîte, c'est ... élégance. Un design mélangeant noir profond et couleurs vives, un matériel de grande qualité, des meeples papillons à croquer. Mariposasest de ceux que l'on est fier de mettre en place, et durant lequel on aime à épier la réaction des gens.
Et ce n'est pas les règles qui vont choquer, non. Accessibles et faciles à instruire, Mariposas se pose comme un vrai jeu de réflexion familial++, mêlant réflexion, anticipation et petite part de chance (tirage de cartes oblige).
Une partie dure trois saisons, chacune comptant un nombre de tours limité et proposant à chaque fois un décompte intermédiaire, via le passage en revue d'une carte de 1 à 3 objectifs tirée au hasard en début de partie.
À son tour, un joueur doit jouer l'une de ses deux cartes déplacement, chacune permettant de déplacer un ou plusieurs papillons d'un nombre de cases précis. Suivant le type de la case de destination, le joueur peut soit gagner une ressource (fleur), soit une carte de collection ou une carte de déplacement bonus (ville). Et s'il a stoppé son vol près d'une plante, il a le droit de se reproduire, si bien sûr il peut se délester du nombre de ressources requis.
Mariposas intègre de belles idées en parfait adéquation avec son thème, comme la perte des papillons de la génération précédente, à chaque fin de saison, ou le gain d'un bonus quand on réussit à récupérer quatre cartes appartenant au même cycle de vie (même couleur).
Le jeu est vraiment très simple à prendre en main, mais ne manque pas d'instaurer du challenge et une certaine pression (à travers le décès de ses "vieux" monarques) qui ne manqueront pas de faire bouillir vos frêles neurones.
Malheureusement, Mariposas souffre de gros défauts qui rendent l'expérience vraiment frustrante. Mon premier grief, je la formulerai à l'encontre du système d'actions. 2 cartes possibles seulement au choix, c'est vraiment peu pour avoir l'impression de planifier quoi que ce soit. Et on se sent souvent démuni quand le tirage n'est pas de notre côté, et que l'on voit la saison en cours s'écouler avec des objectifs bien trop lointains.
Mais le gros souci vient de l'équilibrage global du jeu. Je n'en ai pas parlé jusque là, mais l'on peut aussi engranger un nombre "fou" de points quand, à la fin du jeu, on réussit à ramener des papillons de niveau 4 à Michoacan, le point de départ.
Et après la première partie, on se demande vraiment quel est l'intérêt de dépasser le milieu de la carte, d'aller se promener dans certains coins reculés de la "grande" carte du jeu, quand à côté de cela les objectifs intermédiaires rapportent très peu, et que le système de collection aussi hasardeux et complexe à intégrer dans son routing, pour des gains souvent aussi faiblards.
Mariposas étant de plus complètement démuni de la moindre interaction (qui peut se comprendre, il n'existe pas encore d'alertes embouteillage dans le ciel), on se retrouve finalement avec un jeu assez répétitif, qui va beaucoup reposer sur le hasard à niveau égal, et qui finalement est beaucoup moins palpitant que ce qui pourrait suggérer cette grande migration.
Ce qui fait que personnellement, après deux parties, j'ai davantage envie de me ressortir Wingspan qui, s'il m'attire moins visuellement que le très poétique Mariposas, reste beaucoup plus abouti tactiquement que son successeur.


