Eminent Domain
La plupart des fans vous le diront, dans le domaine de jeux de construction d'empire dans l'espace avec des cartes, il y a Race For The Galaxy... et les autres. Pour autant, Eminent Domain, sorti en 2011 et qui n'a jamais connu le même succès de son aîné, n'a pas à rougir de la comparaison, et propose un savant mélange d'exploration et de domination spatiale pour moins d'une heure de jeu. Petit tour du propriétaire pour vous en convaincre.
Il était une fois un deck ...
La base du gameplay de Eminent Domain repose sur la mécanique (déjà archi usée à l'époque) de la construction de deck : Chaque joueur débute avec les mêmes dix cartes et va passer la partie à tenter de développer son paquet en fonction de sa stratégie (pas forcément claire lors de sa première partie bien évidemment).
Mais là où la plupart des jeux du genre se basent sur une multitudes de cartes différentes, on ne trouve dans Eminent Domain que 5 cartes de base : sonder, guerroyer, coloniser, commercer et rechercher. Cela pourrait paraître peu de prime abord, et pourrait faire craindre une profondeur de jeu restreinte, mais c'est sans compter sur deux subtilités... plutôt intéressantes.
La plus importante, c'est que chaque carte a un double usage et contient deux effets distincts, avec la particularité que chaque « pouvoir » est lié à une phase de jeu. L'effet action s'applique en effet au début de l'étape du même nom, si le joueur décide de jouer l'une de ses cartes en main (facultatif). L'effet rôle s'applique lui après une phase obligatoire un chouïa plus complexe, où le joueur pioche l'une des cartes des cinq paquets réserve et a la possibilité de la booster en jouant autant de cartes similaires qu'il possède de sa main.
La seconde subtilité du jeu vient de la présence de cartes technologies, qui décuplent très nettement les possibilités stratégiques du jeu. Ces cartes peuvent être achetées via les cartes de base « recherche » et se classent en trois familles : La technologie métallurgie favorise le développement de la puissance militaire, la technologie fertile promeut la domination par la colonisation et le commerce, alors que la technologie avancée permet notamment d'optimiser son deck. Si elles ne sont pas indispensables pour gagner, il est quand même conseillé d'en récupérer quelques unes (en lien avec ses cartes de base en majorité si possible) afin d'améliorer son « rendement ». Eminent Domain a des allures de jeu de civilisation like, mais reste finalement un jeu de course à la victoire.
Avec tout ça je ne vous ai pas encore parlé de la façon de remporter des points. Dans Eminent Domain, le nerf de la guerre, c'est clairement la détection et la conquête de planètes. La première étape se réalise grâce aux cartes sondage (qui permet de les récupérer et les placer face à nous). La deuxième peut elle être réalisée de deux manières différentes : Soit par la méthode pacifiste (via l'utilisation de cartes colonisation), soit par l'usage de la force (et l'envoi de vaisseaux créés au préalable via les cartes guerroyer). Le choix vous appartient, et il n'y a pas de conséquences spécifiques (un malus de réputation si vous y allez à la bourrin par exemple). Ici, ce n'est pas le chemin qui compte, c'est la destination, et le plus important c'est d'y arriver le plus vite possible.
A savoir juste qu'une fois ces planètes acquises entièrement à votre cause (et les points liés dans la foulée), vous avez encore la possibilité d'augmenter vos points d'influence, en vous servant des cartes commerce pour produire des ressources (et placer des jetons sur les astres compatibles) puis les vendre (dans un second temps).
La guerre des idées
Sous ses airs ultra classique, Eminent Domain surprend par beaucoup d'aspects, et en premier lieu son interactivité à deux niveaux.
N'espérez pas aller attaquer les planètes de votre voisin, ou l'empêcher quelqu'un de jouer une action qui vous semble trop favorable : Chacun joue dans son coin et est seul responsable de sa destinée. Mais Eminent Domain n'est pas non plus un jeu auto centré, et ce pour une raison : vous pouvez profiter de la même action que votre prédécesseur si vous avez une carte identique dans votre main. Cela n'a l'air de rien, mais cela permet d'effectuer un coup en plus durant votre tour (si bien sûr vous le trouvez judicieux), et favorise par la même la surveillance accrue du jeu de vos adversaires (afin d'anticiper et profiter de leurs actes).
Dans l'autre sens, comme chaque carte que vous jouez peut bénéficier aux autres, il est vivement conseillé de choisir une stratégie qui vous profite autant que possible tout en ouvrant le moins de possibilités aux autres. Une sorte de jeu psychologique s'installe qui est plutôt rare dans un jeu à la complexité aussi contenue.
Eminent Domain est-il le jeu ultime? Non bien sûr. On peut avoir l'impression que les débuts de parties se ressemblent un peu tous (jusqu'à l'obtention des premières cartes technologies), et pas certain qu'avec si peu de cartes différentes au final le jeu donne le même plaisir après vingt tentatives. De plus, la thématique de l'espace n'est pas la plus fédératrice qui soit, et le deck-building , même interstellaire (une mécanique plutôt aléatoire), ne sera jamais un genre qui touchera profondément les joueurs qui aiment le contrôle absolu.
Mais ce ne sont pas vraiment des défauts, surtout que le jeu dispose depuis le temps d'une extension (nommée Escalation) qui rajoute son lot de règles et possibilités tactiques.
En fait, la seule chose que l'on peut reprocher à Eminent Domain, c'est d'en espérer beaucoup plus que ce que le jeu a à nous offrir de base. Bizarrement, vous pouvez subir le contre-coup de la plus grande qualité du jeu, qui est de nous offrir une véritable impression de créer un petit empire dans l'espace avec quelques cartes.
On peut vite en vouloir plus. Plus de planètes différentes. Plus de possibilités de développement sur ses planètes. De l'exploration plus poussée, avec des dangers, des étoiles sur le point d'exploser, des rebelles avides de nos maigres richesses. Des combats spatiaux à n'en plus finir. On se demande pourquoi le jeu n'a pas osé aller si loin, tout en sachant que les auteurs avaient certainement leurs raisons, et que privilégier un jeu rapide et simple d'accès a aussi beaucoup d'avantages.
Alors oui je suis frustré. Non pas par la qualité globale du jeu (tout bonnement excellente), mais parce que maintenant je rêve maintenant d'un Eminent Domain 2 qui emprunterait la richesse de Twilight Imperium, le côté épique de Éclipse, à l'accessibilité et la rapidité du jeu de base. Je sais, c'est beau d'avoir des rêves irréalisables...
