Beer & Bread (Bière et Pain). On ne peut pas dire que l'éditeur originel était très inspiré quand il a marketé le dernier Scott Almes (l'homme derrière la série des Tiny Epic). Fort heureusement, Gigamic a été un peu plus créatif pour le marché français en nous sortant un D'Orge et de Blé un peu plus sexy. Et nous permet de profiter d'un "jeu à l'allemande" avec un nom qui colle davantage à sa finesse insoupçonnée !
Cartes & Ressources
Ce titre exclusivement pour deux joueurs propose de participer à une querelle amicale entre deux villages voisins sur fond d'Eurogame léger. Vous aurez six manches (années) de jeu pour améliorer vos installations, récupérer des ingrédients et optimiser votre production, afin de prouver que vous êtes le meilleur pour brasser de la bière et faire du pain.
L'essentiel du gameplay repose sur des cartes que vous pouvez jouer à chaque fois de trois manières différentes. Déclencher la partie haute d'une carte permet de récolter autant de ressources que de symboles visibles puis les stocker dans sa grange personnelle, ne proposant que 9 emplacements. Vous déclenchez aussi tous les symboles des autres cartes utilisées en ressource dans l'année en cours, et vous devez offrir le surplus à votre adversaire qui sera libre d'accepter ou rejeter votre offrande.
La partie centrale d'une carte affiche une recette qui, si elle est satisfaite, permet de placer la carte dans son emplacement Brasserie ou Boulangerie (selon le type). Alors que la partie basse affiche une capacité à glisser sous son côté de plateau qui reste active jusqu'à la fin de partie. Tout en permettant de déplacer ses productions sur le côté du plateau et libérer les deux emplacements de bâtiments évoqués juste au dessus.
Sur un plan plus global, les joueurs jouent chaque année une carte a tour du rôle jusqu'à épuiser totalement leur main de 5 cartes de départ. D'Orge et de Blé demande par contre de suivre une alternance d'années fructueuses et sèches qui modifient quelques peu les règles.
Lors des premières les joueurs partent avec de nouvelles cartes, bénéficient d'un remplissage des champs communs plus clément (en phase de semis) et doivent s'échanger leurs mains dès qu'ils ont agit une fois chacun.
Lors des années plus difficiles, les joueurs repartent par contre avec les cartes qu'ils ont précédemment jouées pour la récolte, en complétant avec des cartes de la pioche. Et peuvent échanger des cartes avec une zone de troc recréée à chaque fois pour l'occasion.
Reste le plus important, à savoir définir le vainqueur au bout des 6 rondes de la partie. Et là c'est plutôt original, puisque l'on calcule ses points de bière et de pain séparément (en ajoutant les éventuelles cartes d'amélioration à ses productions). En ne conservant malheureusement ... que la plus petite valeur des deux !
Classicime & Intéractivité
Je vous avouerai qu'après avoir lu pas mal de mes confrères avant achat, je m'attendais à un jeu un peu plus "velu". Si D'Orge et de Blé réunit beaucoup de mécaniques propres au format Agricola-like, je pensais que le système d'améliorations serait un peu plus poussé pour permettre d'offrir une construction de moteur à explosion capable de dynamiter les fins de parties.
Soyez certains que la majorité des cartes vous donneront des bonus appréciables, et que les modificateurs de production joueront un grand rôle dans le succès de votre partie. Mais on est ici davantage sur un gameplay assez linéaire (récolte / production / amélioration) où la victoire se jouera essentiellement sur l'efficacité de votre chaîne de production.
Trouver la routine de collecte et de dépense de ressources idéales, gérer au mieux le roulement de vos produits dans vos deux "usines", tout en gardant vos scores de bière et de pain aussi proches que possible ... seront donc davantage votre quotidien que de faire la chasse aux cartes qui cassent le "game", surtout avec un temps de jeu trop limité pour exploser le compteur sur les deux terrains de jeu.
Reste que cela n'est pas un défaut en soi, et que D'Orge et de Blé a pas mal de qualités à faire valoir pour s'imposer sur le difficile terrain des jeux à deux.
J'aime déjà beaucoup ce jeu d'alternance d'années amenant ses propres règles. En plus d'imposer des variations de rythme stimulantes, cela permet d'asseoir un peu plus les mécaniques dans son thème (la vie et la concurrence sont beaucoup plus aimables quand le temps est clément, comme dans la vraie vie !). En plus de cela, cela a le don de permettre aux joueurs de pouvoir se réserver notamment des cartes en année fertile (via la récolte) pour pouvoir les utiliser en tant que recette l'année suivante.
Pour sûr, rien n'empêchera le hasard du tirage de venir jouer les trouble-fêtes. Mais il y a assez ici de leviers différents (on peut y adjoindre la zone de troc) pour agir et réagir efficacement.
Et côté joie, faut dire qu'il y a cette interaction aussi omniprésente qui a le bon ton de renouveler un peu le genre. Il y a déjà les "taquinades" usuelles que les joueurs vont s'imposer comme la concurrence dans des champs communs limités, ou la contre draft présente à plusieurs niveaux (échanges de mains, espace de troc).
Mais il y aussi ce mécanisme beaucoup plus surprenant de devoir offrir votre surplus de ressources à votre adversaire, ce qui va forcément encore rajouter à votre obligation de surveiller constamment ses faits et gestes pour ne pas lui offrir la victoire sur un plateau.
Reste quand même que ce D'Orge et de Blé est un diesel fougueux qui peut s'essouffler avant la fin du dernier tour, quand vous savez que vous ne pourrez plus faire grand chose des trois cartes qu'il vous reste en main. Voir un peu plus tôt, quand vous vous rendrez compte que votre voisin a le double de cartes dans ses hangars que vous après les deux tiers d'une partie.
Pas assez pour ne pas envie d'y retourner, mais de temps en temps, car dans le genre je préfère toujours un petit Agricola en format light (sans les cartes d'aménagements). Mais avec un matériel au global aussi qualitatif et un gameplay beaucoup plus "universel" qu'il me laissait paraître de prime abord, il a de quoi convaincre quelques manants de s'asseoir à votre table, même si le "thème à l'ancienne" n'est pas son plus grand ambassadeur !

