Comme me le disait régulièrement mon grand maître : Rien ne sert de foncer mettre un gros coup de hache à votre voisin, vaut mieux lui mettre de la mort au rat dans son Deliveroo à point. Et j'en suis quasi-sur maintenant, il a certainement acquis beaucoup de sa sagesse en lisant l'Art de La Guerre, un ensemble de leçons stratégiques et tactiques sur la gestion de conflit écrit par le général chinois Sun Tzu au XIème siècle de notre ère.
Vous n'avez pas cet ouvrage dans votre bibliothèque actuelle ? Rassurez-vous, Charlie Sigogneau, fan de l'ouvrage, a décidé de vous faciliter la vie en vous initiant à ces préceptes millénaires références au travers de Yuan : l'Art de la Guerre, un jeu de conquête de territoires sorti fin 2023 et passé bizarrement un peu inaperçu ici en Gaule (faut dire qu'on a la potion magique, pas trop besoin de réfléchir ...).
Mais si vous voulez en apprendre plus, l'idée ici, c'est de partir à la chasse aux temples. Une Roue du Temps doit d'ailleurs être tournée d'un cran en début de chaque tour pour indiquer la manche courante et le nouveau nombre de bâtisses (dégressif) pour l'emporter.
Votre zone de jeu ? Une carte modulaire, que vous pouvez créer en vous basant sur les quelques scénarios inclus à la fin du livret de règles, ou carrément à la volée avec vos adversaires, en plaçant chacun à votre tour une tuile jusqu'à vider le stock. Dans tous les cas, vous n'aurez qu'une ville de départ, et vous devrez profiter de la partie pour recruter des troupes, créer des villages et développer d'autres cités que vous pourrez fortifier pour une défense accrue, voir rendre imprenable avec une double couche de remparts.
Chaque tuile intègre 7 hexagones qui peuvent afficher des montagnes (infranchissables), des collines (où l'on doit placer les temples initiaux) et des zones d'eau, qui permettent de s'affranchir de l'adjacence obligatoire pour les déplacements de civils ou d'armées (on parle alors de tuiles connectées). Reste à évoquer les rizières, les forêts et les mines qui ont une importance accrue par le fait que plus vous en contrôlez, plus vous obtenez des réductions lorsque vous décidez de réaliser respectivement une action de Développement, de Fortification et de Militarisation.
Mais il faut toujours réfléchir avant d'agir, et Yuan : L'Art de la Guerre intègre cette logique au travers d'une phase de programmation. Au début de chaque tour, vous devez noter sur votre plateau sur quel hexagone vous comptez agir, puis disposer des cubes dans les actions que vous voulez réaliser avant une révélation et le déroulement des phases d'actions qui se font en simultanée.
Comme évoqué plus haut, il y a plusieurs intensités d'actions (3 exactement), pour des coûts respectifs initiaux de 0, 4 et 7 Chãos. Grâce aux actions dites de Développement, vous pouvez par exemple vous étendre à partir d'une province libre ou possédée (avec gains d'argent possibles), ou créer un nouveau temple en forçant vos voisins à participer pécuniairement à sa construction. Les actions de Fortification vous permettent, elles, des actes comme transformer un village en ville on transformer une cité en ville fortifiée ou indestructible. Quand la Militarisation offre de se renforcer (en ajoutant des armées à une province) ou attaquer une province adverse avec plus ou moins de soutien et d'effets collatéraux.
Restera ensuite à effectuer les éventuelles actions de Fortification après attaque (seul cas où vous pouvez déclencher la deuxième zone de votre plateau après la troisième), puis empocher des sous durant la phase de Revenus (notamment 6 Chaos si vous décidez de ne rien faire durant un tour) et remettre à jour vos curseurs de Ressources / réductions selon vos pertes et gains récents de territoires. Voilà, c'est tout !
Enfin pas vraiment, car si cela a l'air simple comme ça, il faut vraiment s'accrocher lors de l'initiation. Faute déjà à une ergonomie pas des plus optimales, où le livret bizarrement segmenté et vraiment chiche en explications sur certains points (pourtant importants), côtoie une iconographie qui manque résolument de clarté générale. Et quand vous voyez des différences entre le bouquin et le paravent qui fait aussi office d'aide, ça ne facilite pas vraiment la prise de confiance, je vous assure ...
À cela, vous pouvez rajouter un choix d'éléments de jeu pas très bien pensé (entre les villages et les villes vraiment trop proches, des temples gigantesques qui cachent ce qui a en dessous ...) qui n'aident pas la vision d'ensemble, surtout si vous jouez sur les combinaisons maximales.
C'est navrant, car le produit en tant que tel est sublime et que l'on sent une envie indéniable de magnifier l'expérience, par l'ajout de plateau double couches, des tuiles à différents niveaux, voir des crayons et un tissu pour effacer aux couleurs de l'éditeur. Mais clairement, votre première partie soit douloureuse, car vous passerez certainement plus de temps à plisser les yeux ou vous poser des questions slash relire le livret en large et en travers que de profiter du fond mécanique de Yuan L'art de La Guerre.
Car il faut dire aussi que le système de combat est des plus ... spéciaux. Aucun hasard, une perte en attaque pour une en défense, on est sur une base "toppissime" côté fluidité et l'aspect tactique. Ce qui l'est moins en revanche, c'est l'impossibilité de bouger des armées hors combat, l'inclusion obligatoire de toutes les troupes attaquantes à portée (tuiles adjacentes OU connectés) lors d'une offensive, l'ordre de gestion lors d'attaques simultanées ... qui font que la prise en main "logique" n'est vraiment pas immédiate.
Je vais le dire tout de go, le système d'affrontement s'avère aussi incroyablement original qu'il a beaucoup déplu à mes tablées (avec une belle déception en prime de mon côté). Car il y a une vraie bizarrerie à ne pas pouvoir déplacer des troupes volontairement ou à travers ses propres territoires ... une vraie injustice à ne pas pouvoir se défendre en bougeant ses troupes, surtout si vous vous faites agresser sur plusieurs fronts en même temps ... une vraie souffrance de pouvoir perdre plusieurs provinces connectées si d'aventure vous perdez la seule ville qui gérait le groupe ...
Avec tout ça, on pourrait croire que Yuan : l'Art de la Guerre est persona non grata à n'importe quelle table digne de ce nom. Et bah je n'en suis pas si sûr, car le titre est aussi plein ... de superbes idées de gameplay !
Primo, je ne peux pas passer sous silence son ingénieux système de programmation, qui colle vraiment à son sujet historique tout en ajoutant une surcouche de mind game" sympathique fait de "divination", de tromperie et de rebondissements mentaux. Cela va animer vos parties, croyez-moi ! Et cela, c'est sans compter sur les joueurs qui choisissent le même lieu et qui voient par conséquence leur tour entièrement annulé, avec souvent une vraie perte de Momentum malgré les 6 Chaos de dédommagement.
Je peux aussi citer dans les belles trouvailles le système de ressources slash "rabais", recalculé à chaque fin de tour en fonction des terrains occupés, et qui demande une belle réflexion sur ses priorités, tout en obligeant à défendre ses meilleurs terrains sous peine de voir sa stratégie long terme méchamment vaciller. Et que dire du système d'expansion plutôt malin, et qui évite de passer dix tours à développer un semblant de ressources.
Vous comprendrez donc que je suis un peu dans la m.... au moment de juger Yuan : l'Art de la Guerre, qui n'a pas réussi à m'apporter la "vibrance" que j'attendais, mais dont je suis finalement fan de l'audace et du travail éditorial.
À vous donc de vous faire votre propre avis, et je vous le conseille. Car en plus de cela, il faut savoir que le jeu embarque des clans aux petits pouvoirs asymétriques et est disponible en deux versions (Chine et Mongolie) apportant chacune quelques petites subtilités mécaniques. Rien qui change drastiquement l'expérience (les capacités sont notamment assez circonstancielles), mais les volcans rajoutent (dans ma version) un peu de piment rigolo.
Et avoir les deux boîtes permettent de jouer jusqu'à 8, un fait rare dans le genre qui je l'avoue pour des parties auxquelles j'aimerai bien m'essayer au moins une fois !


