J'ai pris début 2023 une grande résolution : M'essayer à tous les jeux cultes de Vital Lacerda, l'auteur dont on dit souvent que "si vous n'y avait jamais joué, vous n'êtes pas un vrai joueur de JDS expert".
Bon ok je viens de l'inventer, mais reste que les fans purs et durs ne sont pas loin de le penser. Et que l'un de mes gros achats de ces derniers mois m'a confirmé une chose : Il n'usurpe pas sa réputation, le bougre !
Vital'ine C
On entend souvent du créatif que le thème est le point central de ses œuvres, et là il n'y a aucun doute : C'est le réalisme avec un grand R ! Découvrir des artistes, acheter, exposer et vendre des œuvres, promouvoir les créatifs que vous appréciez, attirer des visiteurs et gérer leur flux dans votre musée, communiquer à l'international ... vous allez avoir le privilège de jouer le rôle d'un galeriste d'art premium tout terrain, à la fois conservateur de musée, marchand d'art à agent d'artistes en herbe.
Le gameplay de The Gallerist touche à toute la gamme des saveurs qu'apprécient en temps normal un joueur "qui n'en veut", à savoir du placement d'ouvriers, de la collection d'éléments, de la course à la majorité, mais aussi de la spéculation, de l'anticipation, de l'optimisation à outrance. En plus de cela, le jeu demande à gérer continuellement deux jauges d'argent et d'influence, la première servant à investir dans l'art, la deuxième à promouvoir des artistes en herbe, profiter de remises spéciales voir gonfler une vente, sous couvert de jouer de votre notoriété.
Avec tout cela, le système de jeu de base s'avère ridiculement simple, avec un ouvrier par joueur en tout pour tout dans une partie, et quatre emplacements de jeu, chacun permettant de choisir à chaque fois entre deux actions distinctes.
Il y a déjà la Résidence d'Artistes, qui permet de révéler de nouvelles tuiles artistes ou acheter des œuvres de la spécialité d'un créatif déjà découvert (photographie, peinture, art digital, sculpture). Vous pouvez aussi aller au Bureau Commercial vendre une œuvre d'art (qui nécessite une carte contrat du même type), ou justement en récupérer un dans le marché commun.
Le Média Center permet lui, de recruter de nouveaux Assistants (vous n'en avez que deux au départ), ou de faire grimper la réputation d'un artiste pour augmenter la valeur de ses œuvres. Et le Marché International offre de placer l'un de ses assistants pour valoriser sa propre réputation à court et long terme (via des points de victoire) ou se placer pour une Vente Aux Enchères finale.
En plus de son action d'Emplacement, un joueur peut réaliser une action Exécutive du jeu, à choisir parmi deux, à savoir déclencher le bonus d'une de ses cartes Contrat en y affectant l'un de ses assistants, ou déplacer des Visiteurs grâce à ces Tickets précédemment accumulés. À cet égard il faut savoir que le plateau commun affiche une place centrale reliée physiquement aux musées des différents joueurs, et il est hautement conseillé de faire rentrer régulièrement des personnes dans sa galerie pour profiter de leur pouvoir d'achat et déclencher des effets puissants (selon le type de meeple).
Je ne vais pas aller plus loin dans les détails (sinon je devrais écrire une encyclopédie), mais reste à savoir que chacun joue à son tour jusqu'à ce que deux des trois conditions de fin de partie se déclenchent : Il n'y a plus de tickets dans la zone d'achat, au moins 2 artistes sont devenus des célébrités, ou le sac de visiteurs est totalement vidé !
Parcours Vital
Et ce qui m'a le plus marqué dans The Gallerist, c'est le fait que plusieurs mécanismes habituels du genre cachent une subtilité que je n'avais (quasi) jamais vu ailleurs.
Prenez déjà la mécanique d'expulsion liée au placement d'ouvriers. Se placer sur une case contenant un pion Galeriste ou un assistant laissé "au cas où" permet à la victime d'effectuer une action Exécutive gratuite, ou de descendre d'un niveau complet d'influence pour déclencher l'une des actions de sa case. Cela n'a l'air de rien comme cela, mais cela offre un avantage puissant qui nécessite rapidement de surveiller le tempo de chacun pour en profiter un maximum, tout en évitant d'offrir trop de cadeaux aux autres.
La gestion de la renommée d'un Artiste qui se fait directement depuis sa tuile (via un petit cube que l'on déplace), ou cette jauge de réputation qui permet de prendre un avantage indéniable à quiconque maîtrise la science de la table de 5 (vous comprendrez en jouant)... Le jeu regorge de petits leviers originaux favorisant une intéraction incroyablement élevée pour le genre.
Chasser un pion Galeriste, piquer des visiteurs, manipuler la renommée d'un Artiste (qui sont communs à tous les joueurs) ... impossible de se sentir seul dans The Gallerist, croyez-moi. Et il faut réellement avoir les yeux partout pour profiter de la moindre opportunité, ou à l'inverse éviter la mauvaise surprise qui voir une stratégie Artiste partir en fumée par l'action de plusieurs de ses adversaires.
Et si l'immersion mécanique est là, l'immersion "technique" n'est pas en reste. Le jeu est cher, certes, mais vous en aurez pour votre argent, avec du carton ultra épais, un boîtage incroyable, des chevalets totalement inutiles (donc indispensables), un travail ergonomique irréprochable. On est sur du jeu premium, une œuvre d'art à part entière (elle était facile celle-là , j'avoue). Mais quand vous saurez que l'auteur a joué d'un maximum de ses contacts pour avoir des œuvres réelles sur ses tuiles, vous n'aurez vraiment plus de doutes après cela !
Et ce qui est fou, c'est que tout cela rend The Gallerist bien plus simple à expliquer qu'il en a l'air. Loin de moins l'idée de faire jouer ma grand mère ou votre petit copain fan de XX (à remplacer par le club de football que vous détestez), on est bien sur un titre aux règles denses, qui nécessite une grosse implication neuronale, d'y revenir souvent pour apprendre de ses erreurs et progresser.
Mais "l'histoire mécanique" contée par le jeu paraît si bien conçue, tout semble tellement logique et imbriqué, que je pense qu'il est beaucoup moins inaccessible pour un profane que bon nombre de jeux "experts" du marché !
Carte Vital
Est-ce qu'avec tout cela The Gallerist fait partie de ma top liste Lacerda ? Non, et ce pour une raison : La trop forte domination de la composante capitalisme par rapport à toutes les autres saveurs offertes par la boîte.
Vous vous rendrez vite compte que l'achat / revente en boucle est le chemin quasi obligatoire vers la victoire, repoussant toutes les tentatives de prendre The Gallerist sous son aspect "culturel", repoussant Art (découverte) au second plan. Et rendant finalement le gameplay assez répétitif, surtout si vous y jouer à 2 (une hérésie selon moi).
The Gallerist reste néanmoins incroyablement moderne pour un titre "vieux" de 8 ans, capable de surprendre par son mélange de simplicité et de mécanismes ingénieux n'importe quel joueur expert blasé. Et il est pour moi une superbe porte d'entrée pour qui veut découvrir le genre Lacerda, permettant de découvrir ses gimmicks (comme les actions Exécutives, une spécialité maison), tant en profitant du réalisation Eagle-Gryphon aux petits oignons. Et d'un thème aussi original que clivant résolument poussé dans ses retranchements, que l'on aime finalement ou pas la direction prise !

