Storyfold : Bois Sauvages est un jeu solo narratif du studio Open Owl Studio (Mythwind, Stonesaga, ...), financé en campagne participative en décembre 2024. Et c'est ici Don't Panic Games qui nous offre une localisation en français et une version boutique qui est arrivée mi-juin 2026 : et ça c'est très agréable !
Promenons-nous dans les bois ...
Bois Sauvage, c'est l'histoire de Luma, une petite fille de lumière aux visions étranges, et de son fidèle compagnon, Brom un ours au pelage d'argent. La forêt dans laquelle ils vivent est menacée par d'étranges ombres, Luma se met donc naturellement en quête pour percer les mystères qui entourent ces étranges maux.
Nous sommes donc sur un voyage initiatique où nos actions et nos choix influenceront sur les embranchements narratifs, ce qui n'est pas sans rappeler l'excellent Eila et l'éclat de la montagne. L'univers y est pourtant bien plus sombre mais tout aussi poétique et mélancolique. Les illustrations sont très belles, ce qui participe grandement à l'immersion.
Le jeu se découpe en 5 chapitres (en plus du prologue) matérialisés chacun par un paquet de cartes et des pages d'histoire associées. Le bouquin d'histoire sert également de plateau de jeux (à la Histoires de Peluches ou Gloomhaven : Les Mâchoires du Lion) où l'on va placer nos différentes cartes Environnements, Créatures, Ombre et Chapitre et sous lequel on placera nos cartes Action.
La mécanique d'action est plutôt maline. On commence par la phase Lumière, où l'on choisit une carte action dans une rivière et on choisit un nombre de dé D8 que l'on lance afin d'essayer d'atteindre suffisamment de succès pour réaliser notre action. La difficulté des tests est donnée par le chiffre au dessus de la carte choisie (la carte la plus à gauche est à 3+, celle à sa droite 4+, etc ... jusqu'à 6+). Une fois l'action réalisée, les dés sont défaussés pour le reste de la phase puis notre carte est glissée à la fin de rivière, ce qui décale toutes les autres cartes vers la gauche. Ainsi les autres actions peuvent devenir plus simple à réaliser.
Sur chaque carte action figurent deux actions possibles, la première étant généralement l'action principale que l'on souhaite réaliser et la deuxième nous offrant une alternative si on ne réussit pas à avoir autant de succès qu'escompté.
Une fois tous les dés utilisés (il y en a 5 au départ) on passe à la phase Ombre où des créatures vont apparaitre et où l'équivalent d'un compte-tour est incrémenté. Les créatures vont nous infliger des blessures mais avanceront également dans la rivière, prenant la place de nos cartes actions, rendant les succès plus difficiles. Plutôt simple mais très malin !
Quand le jeu vidéo inspire le jeu de société
Une des premières choses qui marque immédiatement quand on ouvre Storyfold : Bois Sauvages pour la première fois, c'est sa facilité à vous prendre par la main et à vous immerger tout naturellement dans l'univers du jeu.
Habituellement, ce qui différencie le monde du jeu vidéo et celui du jeu de société c'est l'apprentissage des règles. Pour les jeux de société, on est dans le monde de l'explicite : il est nécessaire de lire les règles (ou regarder une vidéo explicative) avant de se lancer dans sa première partie. A l'inverse, les jeux vidéo sont du domaine de l'implicite, on joue et les règles nous sont soit apprises en jouant, soit c'est au joueur d'essayer afin d'apprendre le fonctionnement. Cette frontière entre deux mondes devient de plus en plus poreuse depuis quelques temps avec des jeux sur table qui nous plongent tout de suite dans les règles via un tutoriel ou une démo, comme c'est le cas avec Unlock, Backstories, et j'en passe...
A l'ouverture de la boite, Storyfold : Bois Sauvages nous prend par la main et nous emmène dans la forêt avec Luma et Brom via un prologue qui décrit petit à petit la mise en place, puis nous fait faire nos premières actions. Une fois prêt à se lancer dans l'histoire, le jeu nous lâche délicatement la main et nous susurre à l'oreille "c'est bon, tu peux y aller, tu es prêt !". Exactement comme le ferait le didacticiel dans un jeu vidéo. C'est très agréable de se laisser porter ainsi et d'entrer en douceur dans le jeu et ses mécaniques.
Une immersion dans les sous-bois
Un autre point fort de Storyfold : Bois Sauvages, c'est son travail d'édition remarquable qui rend l'expérience ludique hyper immersive. La matériel est de qualité, les illustrations sont sombres mais sublimes et l'ambiance est très bien retranscrite.
Le jeu propose également un rangement très quali qui permet de sauvegarder facilement notre progression. Le gameplay est simple et efficace, et même s'il peut souffrir d'un poil de répétitivité, on a souvent envie de se replonger dans une petite partie pour connaitre la suite de l'histoire.
Et justement ... Parlons de l'histoire ... C'est à mon sens là que le bât blesse. Ne vous attendez pas à de gros twists narratifs, des embranchements foisonnants ou une fin mind-blowing. C'est dommage, le jeu met tout en place pour nous faire vivre une super expérience mais malheureusement l'histoire est plate comme un feuille d'arbre. Certes, il y a deux trois choix et embranchements dans l'histoire mais au final ça reste très linéaire et plus méditatif et poétique que prenant.
Allez, dernier point de frustration que je préfère lever : c'est un jeu de dés ! Vos décisions seront prises en lançant des dés (comme un bon vieux JdR) et même si l'on peut choisir combien de dés on attribue à une action afin de réduire le rôle de l'aléatoire, on reste tributaire du hasard. Et croyez moi qu'un échec critique avec quatre 1 alors qu'il suffisait de seulement un seul 3+, ça donne envie de donner Luma en casse-croûte à son ours !
Allez, sur ce, je vous laisse et vous dis bon jeu : il faut que j'aille ranger la forêt.