Comment fait-on, quand on est un serpent, un crocodile ou un singe, pour devenir le roi de la jungle ? C’est simple : on s’efforce de recouvrir les dominos des autres ! C’est en tout cas ce que nous propose Kumata avec son système de jeu ultra épuré. Attention : petite pépite ludique en approche !
Couvrez cette tuile que je ne saurais voir !
Après avoir choisi une couleur, chaque joueur récupère ses dix dominos (aux valeurs allant de 0 à 3) et les répartit en deux piles faces visibles. Et c’est parti : À votre tour, choisissez l'un des deux dominos disponibles pour le placer sur le plateau, en veillant à recouvrir des valeurs identiques : le 1 sur un 1, le 2 sur un 2, etc. La valeur « zéro » peut recouvrir n’importe quel chiffre mais, en contrepartie, peut subir le même sort.
Facile ? Oui ! Sauf que, si l'on débute sur un plateau « neutre » (où chaque couleur est représentée de manière égale), les tuiles des uns et des autres viendront fatalement s’empiler très vite pour tenter de faire disparaître votre couleur ou de ne laisser visibles que vos plus faibles valeurs.
Car à la fin de la partie, lorsqu’un joueur ne peut plus rien jouer, seuls les dominos apparents de chacun sont comptabilisés. Vous additionnez alors vos points à ceux des tuiles restées dans votre réserve, sans oublier d'ajouter la hauteur de votre jeton Totem. Ce pion, unique, se pose une fois par partie sur un domino : plus personne ne pourra alors le recouvrir, vous y compris. Et le plus haut score l’emporte !
Ah Ku(na)mata(ta) !
Ce qui est génial avec le monde du jeu c’est qu’arrive toujours un moment où on se demande, face à un gameplay spécifique, pourquoi personne n’y a pensé avant ? C’est exactement le sentiment que j’ai eu en jouant à Kumata. Son principe est tellement évident, les parties tellement fluides, et l’ensemble si facile à expliquer que je n’ai pu que m’incliner devant sa capacité à rassembler tous les âges et tous les profils.
Il y aurait pourtant certaines petites choses à redire.
L’habillage général d’abord n’est pas d’une originalité folle et le thème « nature et animaux », archi convenu en 2026, ne joue clairement pas en sa faveur. Surtout qu’il n’arrive pas à cacher le caractère éminemment abstrait de Kumata.
Le calcul de score, ensuite, peut laisser dubitatif. S’il a le mérite d’être à l’image du jeu, simple et rapide, la prise en compte positif des dominos non posés (du moins ceux visibles au sommet des piles) m’a étonné. La logique voudrait que les tuiles non placées soient considérées au mieux comme perdues, au pire comme du score négatif. Mais non ! Résultat : un joueur pourra parfois gagner grâce à plusieurs tuiles « fortes » en réserve.
Enfin, le manque de contrôle à 3 ou 4 joueurs pourra également surprendre, voire même décevoir. Surtout si on découvre d’abord Kumata en duel. Dans cette configuration le jeu se révèle délicieusement stratégique grâce à un nombre plus important de tuiles, de piles, de jetons et une large place laissé à l’anticipation. Mais invitez plus de joueurs à votre table et Kumata deviendra bien plus chaotique et hasardeux. Votre planification de fin stratège sera alors souvent ruinée par l’action du joueur précédent (sans que ce soit forcément voulu), et il ne sera pas rare de ne rien pouvoir faire durant votre tour. Le cas échéant, vous aurez malgré tout la permission de décaler un domino d’une pile pour en créer une nouvelle et multipliez vos chances de pose. Dans cette configuration il faudra donc travailler son adaptabilité plutôt que son anticipation.
Et pourtant Kumata a fait mouche dès la première partie ! Son évidence mécanique et les sensations qu’il m’a procurées m’ont donné l’impression de jouer à un classique instantané. Son mélange d’interaction forte et de planification fait qu’on s’y amuse beaucoup, avec tout le monde, dans des configurations variées grâce à des plateaux modulables, le tout dans une durée parfaitement calibrée pour donner envie d’en refaire une tout de suite. Qu’il s’agisse de joueurs aguerris ou plus occasionnels, tout le monde en a redemandé autour de ma table de jeu ! Son matériel coloré fait en plus parfaitement le job en proposant des tuiles épaisses et très lisibles qu’on installe et désinstalle à la vitesse de l’éclair.
C’est la boîte que j’ai désormais envie de proposer à tous les réfractaires du jeu de société, aux angoissés des règles compliquées, aux peureux des trop longues parties mais également à tous ceux qui ne jurent que par l’Expert pour être stimulé. Autrement dit : Kumata a pour moi la capacité de faire se rencontrer plusieurs espèces différentes de joueurs autour de sa table, et disons que pour un jeu dit « de société » c’est quand même pas mal. Pas mal du tout même.
