Vous avez toujours rêvé de corrompre médias, hommes politiques et influenceurs à coups de lancers de dés pour le compte de votre propre pays imaginaire ? Oui ?! Alors Camarades est fait pour vous !
L’homme qui murmurait à l’oreille des dés
Camarades, premier jeu co-édité par la suractive boutique Le Passe-Temps et Offline Editions, est en réalité une actualisation de Risk Express sorti en 2007 (et déjà réédité en 2014 sous le nom de Age of War). Cette version 2025 en profite pour changer de thème mais garde à l’identique les règles épurées du jeu original.
Exit donc les pays à conquérir en usant de soldats et de canons, et bienvenue à 14 personnages décomposés en 6 familles de cartes (médias, politique, informatique, culture,...) qu’il faudra réussir à corrompre à grand renfort de propagande ou d’argent sale à votre disposition.
À son tour, chaque joueur lance les 7 dés. Si une ou plusieurs faces correspondent à une ligne de symboles d’un personnage au centre de la table, il pose les dés sur cette carte et relance aussitôt ceux restants.
À charge alors pour le joueur de continuer à remplir les lignes de ce personnage (et de celui-là uniquement !) via ses lancers suivants pour tenter de le récupérer. Malheureusement pour lui, si lors d’un lancer aucune face ne correspond au symbole désiré, il devra se séparer d’un dé pour le suivant. Le tour d’un joueur se termine dès qu’il ne peut plus lancer de dés ou s’il a réussi à corrompre et donc à récupérer le personnage souhaité.
Le caractère taquin du jeu survient quand on comprend qu’il est possible de chercher à corrompre un personnage déjà récupéré par un autre joueur (moyennant un petit surcoût symbolisé en haut à gauche de chaque carte) ! Pour contrer la possibilité de se faire “voler” ses cartes on cherchera donc à réunir tous les personnages d’une famille pour qu’elle nous appartienne définitivement.
Lorsque plus aucune carte n’est disponible au centre de la table, la partie se termine et chaque joueur compte les points accordés par les personnages et les familles reconstituées.
“Camarades de la chose ludique !”
S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas enlever à Camarades c’est son extrême accessibilité qui en fait un jeu parfait pour les tablées frileuses aux explications de règles. Le jeu est simple à appréhender, immédiatement fun et déclenchera à coup sûr des cris d’orfraie et des négociations vachardes autour de la table pour peu que vous ayez le groupe de joueurs adéquat.
Parfait en jeu d’apéritif, tout comme en interlude entre deux plus gros jeux, il peut cependant trouver ses limites auprès des joueurs qui cherchent quelque chose de plus calculatoire ou stratégique. Jouer à Camarades c’est accepter le hasard des dés, ses joies, ses peines et les vannes qui en découlent autour de la table. Autrement dit, que les choses soient claires : ici on peste contre la malchance, on croise les doigts pour que les lancers des adversaires soient tout aussi mauvais que les nôtres et on négocie sec quand il s’agit de pousser les autres à aller récupérer des cartes ailleurs que chez soi ! Si le jeu a le mérite de fonctionner à deux, il trouvera donc tout son intérêt à partir de trois ou quatre joueurs prêts à surinvestir émotionnellement dans chaque lancers de dés comme s’ils étaient à une table de craps.
Un mot enfin sur le travail d’édition qui a le mérite d’oser quelque chose de différent dans un milieu ludique saturé d’animaux anthropomorphes, de châteaux et de thèmes estampillés Nature. Le thème de la corruption, s’il est un peu plaqué, reste cohérent avec la mécanique de jeu et les références disséminées dans les illustrations très “Cuphead” de Victorien Del Tatto ajoutent une légèreté et un humour bienvenus.
Les accros au rangement par taille de leurs boîtes de jeu dans des étagères kallax n’auront pas manqué de hurler face au choix de proposer Camarades dans un sachet plastique refermable (comme pour Paquet De Chips). Mais la volonté du Passe Temps et de Offline Distribution de proposer, dans un tarif correct, un jeu fabriqué intégralement en France là où la plupart de la production se fait aujourd’hui en Asie (avec les problèmes écologiques et humains qui en découlent) est à saluer.
Cette re thématisation du classique de Reiner Knizia est donc tout à fait recommandable pour qui cherche un jeu très facilement explicable, fun et interactif. Et pour les plus taquins une variante de règles et une petite extension intitulée “la bombe” (payante, mais accompagnée de sa piste de dés) viendront ajouter du piquant à des parties qui n’en manquent déjà pas. Bref, de quoi crier un peu plus à l’injustice entre deux mauvais lancers de dés, camarade !