[NB: Riftbound est sorti le 30 octobre.]
Tandis que les petits monstres enfilaient leurs plus beaux atours et s’apprêtaient à terroriser le voisinage à la recherche de sucreries, un autre type de créature de l’ombre s’était également mis en chasse. Le croque-carte, flanqué de ses fidèles lieutenants Patience et Espoir, s’était fait à l’idée qu’il allait devoir sortir de sa caverne. Alléché par la nouveauté, il allait sillonner les rues de la ville à la recherche de sa nourriture favorite, prêt à affronter les embûches qui ne manqueraient pas de jalonner son périple. Et si l’odeur de la fébrilité était facilement décelable, elle était un brin nuancée par celle de la crainte…
J’aimerais pouvoir dire que cette critique sera totalement impartiale. La vérité, c’est qu’après avoir passé des centaines d’heures sur League of Legends, au moins autant sur Legend of Runeterra et être tombé amoureux de la série Arcane, disons que je ne me fais plus trop d’illusions. D’un autre côté, avec autant d’attentes pour le projet Riftbound, j’appréhendais le moment où je pourrais enfin mettre la main sur ce jeu. Et, au risque de spoiler un peu la fin, j’ai trouvé ça génial.
The Call
Commençons par le commencement : qu’est-ce que Riftbound ? Eh bien rien de moins que le nouveau TCG réalisé par l’équipe de Riot Games. Que vous soyez un fan absolu de la franchise ou, au contraire, un néophyte curieux, installez-vous confortablement dans votre siège et voyons ensemble ce que le jeu nous réserve.
La première pierre de votre deck est votre « Légende » : c’est un champion issu du monde fictif de Runeterra qui va orienter à la fois votre gameplay avec sa capacité, mais aussi la construction de votre deck avec ses deux couleurs de runes. Une fois votre star choisie, vous allez pouvoir assembler votre paquet de cartes en associant unités, sorts et équipements appartenant à ces deux familles. Attention, il n’est pas question ici de réduire les PV de votre adversaire à zéro, mais de conquérir - puis contrôler - les champs de bataille au centre du plateau. Une fois 8 points de victoire accumulés, vous voilà le nouveau maître de la ligue… et il ne peut y avoir qu’un seul roi-liche (je m’égare un peu).
Avec des parties d’une vingtaine de minutes en moyenne, Riftbound se veut nerveux, fait la part belle aux intéractions entre joueurs et aux affrontements épiques des champions de la League. Le 1v1 reste évidemment le format préférentiel, mais l’inclusion des modes « Par équipe » et « Chacun pour soi » aux règles de base reste intéressant malgré tout. Le jeu n’est cependant disponible qu’en langue anglaise (ou chinoise), un détail qui pourrait se révéler être un avantage comme un inconvénient.
Ma Meilleure Ennemie
Premier point fort de Riftbound : son accessibilité. Les règles s’expliquent rapidement et les cartes sont claires. En dehors de quelques petites fourberies ou tournures alambiquées, c’est un exemple d’ergonomie pour un TCG. Les divers mots clés sont toujours ré-expliqués, on ne croule ni sous les exceptions, ni sous les tartines de texte et on se contente de se laisser porter par le flow de la partie lors de sa grande première.
Chaque héros a sa propre façon de jouer, ses points forts, ses points faibles et les nombreuses cartes champions donnent rapidement de l’envergure aux decks. Ces derniers incarnent à merveille les six grandes familles du jeu et on prend plaisir à les voir batailler sur le terrain. Mais qui dit accessibilité ne dit pas forcément simplicité : dès lors que les joueurs commencent à accumuler quelques parties, le jeu sait faire preuve d’une grande profondeur. On optimise, on calcule, on prévoit… et on croise évidemment les doigts pour que le dieu des topdecks (ou le pouvoir de l’amitié) réponde à notre appel.
Si je parle de lisibilité exemplaire, j’aimerais également rendre hommage à la qualité des illustrations pour l’ensemble de ce premier set. Qu’elles soient reprises de l’un ou l’autre jeu, ou créées spécialement pour Riftbound, il y a une véritable envie de la part des créateurs de nous en mettre plein les yeux. J’ai rarement vu des artworks aussi beaux et je ne vous parle même pas des versions alternatives, signatures ou spéciales, parfaites pour faire vaciller nos économies. Je ne pourrais jamais assez rappeler à quel point le design et le rendu des cartes ont été améliorés par rapport aux premières reviews.
En termes de qualité, Riot nous propose un carton bien épais qui fait plaisir au toucher. On ressent nettement la différence avec la concurrence, même si c’est aussi ici que je porterai l’une de mes rares estocades. La découpe de certaines cartes a tendance à laisser des traces, défaut que la plupart des personnes ne relèveront probablement jamais, mais que je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer. De façon très transparente, UVS Games - qui est à la production - a d’ores et déjà promis de rectifier le tir pour les prochaines salves d’impressions et a même proposé de remplacer les cartes « problématiques ». De quoi rassurer joueur comme collectionneur et montrer que l’entreprise se veut attentive aux retours.
Heavy is the Crown
Alors sachez que je vous entends mes petits lecteurs : on a parlé de qualité, de beauté et de mécaniques, mais le plaisir, est-ce qu’il est là ? Pour moi c’est un grand oui : le jeu est dynamique, offre aux joueurs la possibilité d’interagir même pendant le tour adverse, compose avec le bluff des cartes « cachées » et pousse même les curseurs de la stratégie à fond avec ses règles de tournoi (on en reparlera très bientôt). Les parties m’ont toujours semblé équilibrées et jouables jusqu’à la fin (à niveau de deck et de joueur égal, qu’on s’entende bien), bref, tant de choses qui me font dire que le jeu a un bel avenir devant lui. Les prochaines extensions arrivent déjà pour le début de l’année prochaine, avec de nouvelles mécaniques, de nouveaux champions et autres synergies.
Je terminerai en revenant rapidement sur l’état des stocks et l’économie du jeu de manière générale. Victime de son succès, ce premier set est - à l’heure où j’écris ces lignes - « sold out ». Cependant, une réimpression semble se profiler à l’horizon, aussi soyez à l’affut lors de ce mois de décembre si le jeu vous intéresse.
Je le répète également, mais Riftbound reste un TCG, et qui dit TCG dit boosters (et qui dit boosters dit hasard). J’ai été personnellement assez surpris par les taux de drop relativement généreux des boosters, avec pas moins de 3 cartes rares minimum par paquet. De quoi donner le sourire même quand on ouvre de petites quantités, mais n’allez pas non plus imaginer qu’une légendaire tombe à chaque ouverture.
Un mot également sur les decks de démarrage et la boîte d’initiation, qui, en plus d’être des produits avantageux pour se lancer, proposent pas mal de goodies à l’intérieur (tapis, boîte de rangement, tokens en acrylique…). Une bonne surprise qui s’ajoute à celle de la qualité des deck-lists présentes dans ces boîtes et qui ont le mérite de proposer quelque chose d’intéressant même pour un habitué du genre.
Riftbound, c’est mon cadeau de Noël avant l’heure : à la fois beau et agréable à jouer, c’est ce que je pouvais espérer de mieux pour cette licence. Si le jeu est bien parti, il est évidement trop tôt pour savoir s’il pourra prétendre à une place à la table des mastodontes que sont Pokémon, Magic ou Yu-Gi-Oh!. Toujours est-il que si vous êtes fan de l’univers, de jeux de cartes en général, ou simplement un collectionneur avide de pépite ludique, Riftbound est désormais dans l’arène.