"Je suis l'as de trèfle qui pique ton cœur,
Je suis l'as de trèfle qui pique ton cœur,
Je suis l'as de trèfle qui pique ton cœur, Caroline".
C'est en l'an de Grâce 1991 qu'un célèbre penseur français écrivit ces quelques mots. Depuis personne n'a jamais su qui était cette femme, et personne n'a jamais su pourquoi il lui dit ça. Mais si j'ai acquis une certitude aujourd'hui, c'est que si cette demoiselle joue à Ace of Spades, elle risque des démangaïsons bien au delà de cet unique petit muscle inutile, tellement le challenge proposé est du genre ... piquant !
Small Blind
Ace of Spades est un jeu de cartes dans lequel vous incarnez un pistolero-mage qui canalise la magie à travers des mains de poker. Votre but ultime ? Survivre à une succession de douze duels de difficulté croissante avant de vous confronter à Lord Overkill, un nécromancien impitoyable, et ainsi avoir une chance de rapporter une paix durable dans cette bonne ville de Sweet Haven.
Mais avant cela, il faudra initialiser votre zone de jeu. Tout commence par le placement de la tuile Enfer au centre, en utilisant la face avec modificateur de défausse si vous jouez en mode Cauchemardesque. Ensuite, il faudra constituer le paquet Ennemi, en posant la carte de Lord Overkill correspondant à la difficulté choisie face cachée, puis en empilant par-dessus une carte de valeur différente (de 10 à 1) prise aléatoirement, avant de finir par ajouter au sommet une carte sans numéro. Toutes les autres cartes non utilisées peuvent être remises dans le paquet, elles ne seront pas utiles lors de votre partie.
Dernière étape, la préparation de sa zone de jeu personnelle, en plaçant le plateau devant vous et en mélangeant le paquet Poker, en ayant au préalable mis de côté face visible la carte Joker (qui pourra être récupérée durant la partie).
Restera à piocher huit cartes pour former sa main de départ, et c'est parti pour le premier duel !
Chaque affrontement commence toujours par la révélation d'une carte Ennemi, qui affiche généralement une valeur de points de santé à dupliquer sur le compteur de votre plateau personnel du même nom. Il est à noter que les ennemis se répartissent en trois types, Sbires, Acolytes et Lord Overkill, et que le dos de la carte au sommet du paquet vous indique à chaque scène le type affronté, les réglages de Balles et Recharges, et les moments où il faut remélanger ou changer de décor.
À votre tour, vous n'avez toujours que trois choix : soit lancer un duel pour tenter de blesser l’ennemi, soit défausser et piocher, soit renouveler la pioche, les deux dernières options vous coûtant une Recharge à chaque utilisation. Si, après avoir infligé des dégâts, l’ennemi est toujours debout, vous devrez réduire votre compteur Balles d’un point et passer au tour suivant. Vous avez aussi la possibilité de jouer cinq cartes qui n’infligent aucun dégât (situation d’arme enrayée), par défaut ou par choix, ce qui aident à faire tourner plus rapidement son paquet. Dans tous les cas, si vos balles tombent à zéro avant que l’adversaire ne soit éliminé, vous êtes mort sur-le-champ.
Pour vous battre, Ace of Spades vous impose un paquet de cartes plutôt classique, qui comprend les cartes de 2 à 10, des As valant 1, ainsi que les figures Valet, Dame et Roi, (respectivement 11, 12 et 13 pour certains calculs), le tout en Cœur, Trèfle, Carreau et Pique. Le Joker est une carte universelle qui peut prendre la valeur et la couleur de votre choix au moment où vous la jouez. Vous vous en doutez, vous infligerez une base de points allant crescendo avec la difficulté de la combinaison réalisée, avec la quinte flush royale (suite de même couleur à l'As) à l'exacte opposée du spectre des combinaisons d'une simple paire de 2.
À savoir pour finir que la victoire est acquise lorsque vous traversez toute la pile et envoyez Lord Overkill six pieds sous terre, tandis que la défaite survient si vous ne parvenez pas à abattre un ennemi avant d’avoir épuisé toutes vos balles. Toute la tension du jeu tiendra donc dans l’arbitrage constant entre la puissance de vos combinaisons de poker (qui déterminent les dégâts), et la gestion serrée de vos balles et de vos recharges, qui dictent elles quand frapper, quand filtrer votre main ... et quand cycler votre pioche !
All In ?
Balatro. Si vous êtes un tant soi peu joueur ou suiveur du monde vidéoludique néo-retro, vous penserez immédiatement à ce jeu de deckbuilding typé rogue lite mythique sorti en 2024 lorsque vous vous lancerez dans votre première partie d'Ace of Spades. Réaliser un certain nombre de points en réalisant des combinaisons de poker, un système de passage de niveaux ultra punitif (puisque tout loupé vous oblige à recommencer), une montée en puissance au fil des manches remportées, ... difficile de ne pas dire que l'hommage est appuyé tant on retrouve les ingrédients phases du jeu vidéo. Mais comme j'ai cru comprendre que l'auteur avait cité le jeu dans ses inspirations, on ne peut finalement que louer la sincérité de la démarche.
Par contre, jeu de société oblige, une certaine simplification globale a été effectué par son créateur. Exit les centaines de cartes différentes qui viennent enrichir le paquet de base, les coefficients multiplicateurs qui permettent d'atteindre des valeurs astronomiques, ... Ace of Spades repose uniquement sur des combinaisons aux valeurs fixes, que l'on peut venir bonifier si besoin par l'utilisation de pouvoirs à usage unique glanés sur les combats contre les Sbires, et par des capacités permanentes gagnées en tuant des Acolytes.
Le résultat ? Plutôt positif à mon avis, car si Ace of Spades impose son lot de manipulations sur la durée, et s'il est possible en fin de partie de bloquer une grosse dizaine de secondes sur le calcul d'une attaque une fois hautement bonifiée (faut dire que le manque de détail sur certaines cartes qui peuvent porter à confusion n'aide pas), on obtient ici un gameplay qui se prend bien en main, fluide et plutôt entraînant.
Il n'est d'ailleurs pas rare en partie de ressentir une émotion vive, au détour d'une recharge réussie, de la pose d'une main extrêmement puissante ou d'un tour de jeu dans lequel vous arrivez à vous sauver alors que toutes les probabilités étaient contre vous. Et avec des choix de plus en plus punitifs à mesure que l'adversité gagne du galon, votre cervelet n'aura pas souvent le temps de se reposer, croyez-moi !
Mais forcément, qui dit système de jeu simplifié, dit forcément une répétitivité des tours plus marquée, doublée d'une plus grosse emprise du hasard sur le déroulé de sa partie. Comme vous ne pourrez jamais avoir à portée plus d'une poignée de cartes modificatrices, dont la plupart devront être jetées après usage, il faudra quand même souvent compter sur votre bonne étoile au tirage, et user le plus souvent possible de votre possibilité de jeter des cartes et re-piocher pour tomber sur les nombres et couleurs coïncidant davantage avec vos pouvoirs permanents.
Cela n'empêche pas de se sentir de plus en plus fort au fil d'une partie d'Ace of Spades, même si, j'avoue que la montée en puissance me semble un peu chiche une fois que les points de vie ennemis bondissent sévèrement, et que de l'autre côté l'impression de gagner des contreparties dantesques. Cette âpreté est le propre de tout bon jeu solo me direz vous, et je n'ai aucun mal à croire qu'avec de l'abnégation, un meilleur usage de ses cartes à effets uniques et une parfaite maîtrise du tempo de la deuxième action, on peut enchainer les parties victorieuses et profiter du contenu vraiment intéressant de la boîte, que ce soit en terme de cartes Ennemis ou de niveau de difficulté*.
Reste qu'après une grosse poignée de parties, il me manque personnellement un petit quelque chose pour avoir envie de persévérer. Le fait que je ne sois pas du tout joueur solo n'aide clairement pas, même si après avoir essayé toutes les configurations possibles je trouve que jouer à 2 avec le même deck est vraiment agréable pour les échanges et la réflexion coopérative gratifiants que ce mode "secret" procure (faut juste pas tenter l'aventure avec un(e) joueu(se) alpha, car là c'est le drame assuré ...).
En fait je crois surtout que je suis un peu déçu de ne pas retrouver certains mécanismes de son illustre modèle numérique. Pouvoir modifier mon deck en insérant 10 As, supprimer un maximum de cartes rouges pour maximiser les chances de tomber sur certaines combinaisons ... pouvoir régulièrement choisir une capacité dans un marché qui en proposent plusieurs ... j'aurai vraiment voulu pouvoir profiter de ce genre d'artifice qui m'auraient vraiment donner la sensation d'avoir les clés de mon destin, au risque bien sûr de pousser à tord trop de curseurs (que ce soit sur la charge matérielle, le temps d'installation et de configuration, le prix final...).
Mais ces griefs, j'insiste, sont plus dus à un "rêve de jeu idéal inassouvi" qu'à des défauts inhérents à une mauvaise conception du jeu. Dans l'état, Ace of Spades a de quoi surprendre agréablement son lot de joueurs exigeants, surtout si la cible a une appétence pour le rogue like, un genre malheureusement encore bien trop peu représenté dans le jeu "In Real Life" !
* Pour tout vous dire ma meilleure performance a été d'atteindre l'avant dernière carte en mode normal, mais je suis tellement une quiche molle à ce genre de jeu que je ne suis vraiment pas une référence...
