Des reptiles, un arbitre débordé et un univers où tactique et brutalité font bon ménage… J’avoue avoir choisi Savage Bowl pour son thème. Les Hommes-Lézards ayant déjà toute ma sympathie à Blood Bowl, Savage Bowl partait avec un sérieux avantage. Mais est-ce qu'il transforme l'essai ?
Règles du jeu
Savage Bowl se joue en un maximum de 4 manches à 4 joueurs ou 5 manches à 5 joueurs. À chaque manche, chacun reçoit une main de 13 cartes (à 4) ou 12 cartes (à 5). La partie utilise quatre couleurs numérotées de 1 à 13 (1 à 11 à 4 joueurs), auxquelles s’ajoute une couleur d’atout allant de 1 à 8.
C’est un jeu de plis où il faut fournir dans la couleur demandée si l’on en possède. Si l’on n’a plus cette couleur, il n’y a pas d’obligation de couper à l’atout : on peut jouer la carte de son choix.
Chaque manche se déroule en deux mi-temps. Lors de la première période (les cinq premiers plis), le joueur ayant joué la carte la plus forte ne remporte pas le pli. Il reçoit un carton jaune, passe le pli suivant et défausse une carte de sa main. C’est donc le joueur ayant joué la deuxième carte la plus forte qui remporte le pli et entame le pli suivant. À partir de la seconde période, les cartons jaunes disparaissent et le jeu devient un jeu de plis classique : cette fois, c’est bien la carte la plus forte qui gagne le pli.
Le jeu introduit également des cartes Caméléon. Elles ne peuvent pas ouvrir un pli et prennent la couleur de la dernière carte jouée. Chaque joueur ne peut utiliser sa carte Caméléon qu’une seule fois par manche.
À cinq joueurs, il faut remporter exactement deux plis ; à quatre joueurs, exactement trois. En remporter moins ne rapporte aucun point. En remporter un de plus entraîne une élimination immédiate pour le reste de la manche. Les joueurs ayant rempli leur contrat marquent ensuite un nombre de points dépendant de la manche : 1 point à la première, 2 à la deuxième, et ainsi de suite. Des bonus peuvent aussi être gagnés grâce à des jetons, attribués aux premiers joueurs qui atteignent le nombre de plis demandés (à condition de ne pas se faire éliminer ensuite). Toute la difficulté consiste donc à atteindre précisément ce contrat, sans jamais le dépasser.
Sensations de jeu
Nous avons donc un jeu de plis avec un twist… Ici, c’est la première mi-temps qui change les habitudes : la deuxième carte la plus forte remporte le pli, tandis que le joueur ayant joué la plus forte peut se défausser d’une carte. Une mécanique simple qui permet d’avoir davantage de contrôle sur sa main. C’est particulièrement utile avec les mains les plus fortes, qui sont souvent les plus difficiles à maîtriser.
Parce que dans chaque manche, il y a toujours plus de plis à faire que le contrat demandé. En conséquence, le jeu repose sur une tactique évidente, éviter les plis. Les jetons récompensant les premiers joueurs à remplir leur contrat en sont une bonne illustration. La récompense est suffisamment attractive pour donner envie de foncer, mais encore faut-il savoir jusqu’où pousser le risque.
L’autre élément important de Savage bowl est l’élimination. Une fois éliminé, impossible de rester dans la partie pour au moins gêner les joueurs encore en lice : on ne joue plus. C’est un choix de design fort et assumé. Savage Bowl est donc un jeu qui ne pardonne pas.
J’ai le sentiment que Savage Bowl révèle son intérêt entre joueurs qui maîtrisent déjà bien les jeux de plis, capables de limiter le hasard de la distribution grâce au calcul et à l’anticipation. La stratégie change peu d’une manche à l’autre, et sa réussite repose beaucoup sur la main de départ.
Tout cela fait de Savage Bowl un jeu difficile à sortir. Il lui faut quatre ou cinq joueurs, tous habitués au genre. C’est un parti pris respectable. Le jeu aurait pu chercher à être plus consensuel, ou risquer de se dénaturer en proposant davantage de configurations, mais non. Savage Bowl ne cherche pas à plaire à tout le monde.
Personnellement, j’ai trouvé l’expérience plus frustrante qu’amusante. De notre côté, nos parties se sont révélées brouillonnes et hasardeuses. Je comprends la proposition et je pense qu’elle trouvera son public. Mais si vous appréciez des jeux de plis plus accessibles ou simplement plus fun, il y a de fortes chances que Savage Bowl vous laisse sur le banc de touche.
Matériel et configurations
Les illustrations donnent une vraie personnalité au jeu et participent à son univers décalé, même si je trouve les dessins un peu chargés. Le thème fonctionne bien pour une bonne partie des mécaniques. Les cartons jaunes, le banc de touche ou l’élimination s’intègrent à l’univers du jeu. Par contre, devoir remporter exactement deux ou trois plis paraît beaucoup plus arbitraire (un match dans lequel il faudrait marquer 2 touchdowns, ni plus ni moins ? Et un troisième vous élimine ?!). D’un point de vue ludique, c’est le cœur du jeu. D’un point de vue thématique, ça ne fait pas sens pour moi.
Les couleurs des cartes sont trop proches les unes des autres. Des sortes de nuages de points ont été ajoutés en arrière-plan pour les différencier, mais ça ne suffit pas. Testé avec un joueur daltonien, il a trouvé que c’était assez pénible. La boîte est petite, le matériel est d'assez bonne qualité, même si les cartes auraient mérité d'être un peu plus solides.
Le livret de règles est inutilement intimidant, il est trop détaillé. Une fois les premières manches passées, c’est pourtant assez logique.
Savage Bowl ne se joue donc qu’à quatre ou cinq joueurs. Le jeu est pensé pour être équilibré en fonction des configurations : trois plis à réaliser en 13 tours à quatre joueurs, deux en 12 tours à cinq joueurs. Les deux fonctionnent.
Verdict
Savage bowl plaira à ceux pour qui le jeu de plis est une affaire sérieuse. Moi, je vais retourner coacher mes Hommes-Lézards. Eux aussi me font perdre, mais au moins ils ont la décence de casser quelques dents avant.